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Zhou Yongkang : l'art de la purge dans la Chine contemporaine

 La Chine dans le rétro : la lutte des clans 


C’est une absence aux funérailles de l’ancien ministre du Pétrole, Tang Ke qui a éveillé les soupçons. Zhou Yongkang n’était pas présent  aux obsèques  à Pékin.

"Le disparu était pourtant considéré comme l’un des parrains politiques de l’ancien ministre de la Sécurité publiqueSauf si Zhou Yongkang est sur le point de mourir ou s’il est immobilisé sur une civière, pour rien au monde il n’aurait raté ces funérailles. On remarque d’ailleurs que les médias chinois n’ont pas fait état de l’enterrement. S’il n’est pas venu, c’est qu’on l’a empêché de venir. ." Déclaration de  Dai Qing, écrivain et fille du général Ye Jianyinen décembre 2013.

Qui est Zhou Yongkang ? 

Né en 1942, cet ingénieur de formation se spécialise dans la pétrole et la géophysique. Il adhère au Parti Communiste Chinois en 1964 et en gravit progressivement les échelons au cours des années 1970-1980  : d'abord au sein de l'institut du Pétrole de  Pékin  dont il devient directeur adjoint du bureau politique puis directeur général adjoint puis secrétaire du Parti et également commandant du Centre d'exploration géophysique. Il entre en politique en devenant secrétaire adjoint du PCC et maire de Panjin dans la province du Nord-Est du Liaonning.  Le pétrole a été son sésame pour se faire repérer des instance du parti et une source de revenus importants. Il côtoie la mafia pétrolière et par son entrisme, la corruption se construit une fortune colossale.

De 1985 à 1988, il est vice-ministre au ministère de l'Industrie pétrolière  De 1988 à 1996, il est directeur général adjoint et secrétaire adjoint de l'équipe dirigeante  de China National Petroleum and Natural Gas Corporation, il devient la même année directeur général et secrétaire de groupe dirigeant du PCC de China National Petroleum and Natural Gas Corporation De 1999 à 2002, il est secrétaire du Comité du PCC pour la province du Sichuan. Il entre en 2002 au bureau politique et et devient ministre de la sécurité publique : avec ce poste il a la haute main sur l'appareil policier, les forces para militaires, les procureurs et les tribunaux. Il coordonne surtout les services de renseignements notamment le Guoanbu. En 2007  il reçoit la consécration suprême en entrant au comité permanent du bureau politique du PCC, un organe de 7 membres qui choisit les futurs présidents et premier ministre. Il devient le n° 3 dans la hiérarchie du parti. Pourtant en 2012 il est mis d'office à la retraite à 70 ans. Et depuis le 1er octobre 2013 il n'est plus apparu en public.

La lutte contre la corruption : une arme de purge massive

La Commission centrale de contrôle disciplinaire du parti a rapidement lancé des enquêtes sur les proches de l’ancien responsable de la sécurité dans les milieux pétroliers, notamment le patron de la China National Petroleum Corporation (CNPC), soupçonnant  enrichissements personnels et détournements de fonds. Depuis un an, de nombreux proches de Zhou, appartenant aux milieux pétroliers ont été détenus ou interrogés. L’étau s’est rapidement resserré sur le tsar de la sécurité d’Etat. Même son fils, que la rumeur dit propriétaire de plusieurs dizaines de villas, aurait fait l'objet d'une enquête et d'un interrogatoire. 

C'est une thématique très populaire aux yeux de la population chinoise. Xi Jinping déclare qu'il faut "éliminer chez les cadres le formalisme, le bureaucratisme, l'hédonisme et l'extravagance", un objectif qui permet de cibler aussi bien les cadres du parti que les journalistes et les internautes. Il ajoute qu'il faut lutter contre la prostitution et surtout contre la corruption. Zhou est un candidat parfait pour la croisade anti-corruption. Il fut l'homme fort du Sichuan, région riche en pétrole et secouée par des scandales de corruption : l'ancien PDG de Pétrochina est ainsi tombée, de même que l'ancien gouverneur du Sichuan sans compter de nombreux cadres, dirigeants et hommes d'affaires. 300 personnes ont été arrêtées et 10 milliards d'euros de biens, capitaux confisqués. Zhou qui était en plus le chef des services secrets a donc naturellement été éclaboussé par cette vaste purge.

Une mise au pas du parti. 


Xi Jinping avait  promis lors d’un discours sur sa politique anti-corruption de frapper autant « les tigres que les mouches » Or il existe une règle tacite dans les hautes sphères politiques chinoises. Ne jamais cibler des membres, anciens ou actuels, du comité permanent du bureau politique, l’instance suprême de l’exécutif chinois qui regroupe les sept plus hauts dirigeants du pays.

Xi Jiping n'a donc pas hésité à enfreindre cette règle et a créé un précédent unique dans l'histoire de la Chine communiste : jamais depuis la fondation de la République Populaire de Chine, un fonctionnaire ayant exercé des fonctions aussi importantes au sein du Parti n’avait été inquiété. Une telle prise de risque s'expliquer par l'objectif politique du nouveau chef d'Etat : légitimer son seul pouvoir, abandonner la gouvernance collective et éliminer toute opposition à sa politique de réformes. Or pour atteindre ce but, il lui faut mettre au pas la clique de Shanghaï  (ancienne alliée) de l'ancien président Jiang Zemin dont faisaient partie Zhou Yongkang et Bo Xilai. Le message est aussi destiné à l'autre clique la faction Quinghua ou faction de la Ligue des jeunesses communistes. Aucun prince rouge n'est désormais à l'abri de poursuites. Quand on sait que Xi Jiping fut garde rouge dans sa jeunesse, on comprend mieux son usage de la peur politique par la "rectification des cadres"  sans tomber dans les dérives du maoïsme.

Un écho à l'affaire Bo Xilai ?


La chute de Bo Xilai en 2012 a été une secousse. Celle de Zhou un réplique ? Zhou était le seul membre du Politburo à s’être opposé à la disgrâce de Bo ce qui était suffisant pour le rentre coupable. Les sources officielles ont décidé de noircir le tableau et de monter un scénario conspirationniste. Zhou devait, lors du changement d’équipe, faire adouber Bo comme son propre successeur à la tête du puissant appareil de sécurité, en vue de préparer un coup d’état contre Xi Jinping. Il aurait même prévu d'assassiner Xi Jinping. Pour étayer cette théorie, on ne trouve que le témoignage du super flic Wang Lijun, proche à l’époque de Bo Xilai qui aurait révélé aux américains l’existence d’un complot prétendument fomenté par Bo Xilai et Zhou Yongkang contre l’actuel leader Xi Jinping. Mais quand on sait que l'ex super flic doit être bientôt réhabilité, il est permis de douter de la véracité de cette déclaration. Plus prosaïquement Xi Jinping a autre une raison d'en vouloir à Zhou. Ce dernier a en effet laissé filtrer auprès des servies américains le montant de la fortune de Xi Jinping, estimé à plusieurs centaines millions de dollars.

Observons donc  l'étonnante similitude entre la Chine et la Corée du Nord où les premières années de gouvernement des deux jeunes chefs d'état ont commencé par des purges (violentes en Corée du Nord) au sommet du pouvoir.  Avec du recul cette élimination politique apparaît comme la première étape vers l'objectif final du président Xi Jinping. Faire taire toute opposition interne afin d'imposer sa réforme constitutionnelle supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels. 

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