A redécouvrir

Tiananmen 1989, Hu Yaobang

Les mystères de Tiananmen : funérailles

L'histoire chinoise dresse parfois des parallèles étonnants. A 13 ans d'intervalles, deux décès ont provoqué un émoi qui non seulement ébranla le régime mais déboucha sur une contestation. La première de ces disparations a eu lieu au début de l'année 1976. Zhou Enlai s'éteint et avec lui c'est le courant modéré qui s'affaiblit face aux extrémistes maoïstes de la sinistre bande des quatre. Malgré les interdits, 2 millions de pékinois défilent, défient le pouvoir en place. La répression engendre des émeutes annonçant la fin du maoïsme intransigeant.


En 1989 c'est un autre leader réformateur qui s'éteint : Hu Yaobang. C'est un communiste de la première heure, né dans une famille de paysans pauvres et qui a suivi Mao depuis la Longue Marche jusqu'à la prise du pouvoir. Malgré ses origines humbles, il s'intéresse beaucoup à l'étranger et multiplie les voyages ce qui en fait un dignitaire chinois connu. Proche de Liu Shaoqi, il fait partie de ce courant "réformateur" qui met fin au désastreux grand bond en avant. Il sera au même titre que son mentor victime des purges de la Révolution Culturelle, envoyé à la campagne puis placé en résidence surveillé. Il survit pourtant et accompagne Deng Xiaoping. Jusqu'à la mort de Mao il s'occupe de la réhabilitation des intellectuels victimes des gardes rouges et incarne l'aile des réformistes. La chute de la Bande des quatre lui permet d'exprimer plus fort ses convictions. Il va réhabiliter tous les dirigeants éliminés par Mao, libérés des milliers d'intellectuels et de membres du parti emprisonnés à tort. Son deuxième acte fort concerne le Tibet où il mène une tournée d'inspection en 1980. Ses conclusions à son retour sont sans appel.
  • Il réclame "une politique plus respectueuse à l'égard du Tibet
  • constate que la politique de la Chine au Tibet "c'est du colonialisme à l'état pur"
  • Réclame une "" demanda une plus grande autonomie et proclama le respect de la liberté de croyance "

Il mène une véritable auto-critique de la politique chinoise dans cette province, une première pour un haut dignitaire chinois. Ses critiques sont suivies d'actes : le comité régional du parti est épuré, des milliers de détenus sont libérés, le tourisme est autorisé dans la province et un effort est entrepris en matière scolaire. L'homme devient influent. En 1982 il obtient le poste de Secrétaire général du Parti communiste chinois, ce qui fait de lui le numéro 2 du régime chinois, juste en-dessous de Deng Xiaoping qui s'il n'est plus que le président de la commission militaire central contrôle encore les rouages. Or la roue tourne vite. Car si les réformes économiques avancent vite, la 5è modernisation (la démocratie) n'est pas à l'heure du jour. Et les tenants de la ligne dure accusent Hu   de commettre « des erreurs dans les questions à propos des principes politiques importants » et de « libéralisme bourgeois ». Il suffit de manifestations étudiantes en 1986 pour la démocratie auxquelles il apporte son soutien pour que sa position de fragilise et que Deng choisisse de le forcer à "démissionner" en 1987 et de le remplacer par un autre réformateur Zhao Ziyang qui paiera aussi cher son soutien aux manifestations de 1989. Sa démission ne signifie pas disparition politique. Il conserve son siège au sein du comité permanent du bureau politique. 


C'est ainsi que le 8 avril 1989 lors d'une réunion du bureau politique il est foudroyé par une crise cardiaque. Il meurt le 15 avril. Des manifestations spontanées en sa mémoire se produisent un  peu partout  forçant le gouvernement à organiser des funérailles officielles le 22 avril. Mais la veille, dans la nuit du 21 au 22 avril, veille des funérailles officielles de Hu Yaobang, quelque 100 000 étudiants se dirigent vers la place Tian'anmen, où ils s'installent avant qu'elle ne soit bouclée par la police. L'important rassemblement, interdit par les autorités, a lieu devant le monument aux héros du peuple. Une délégation demande à assister aux obsèques et demande à remettre à Li Peng, 1er ministre et opposant de Hu, une lettre concernant leurs doléances.  Dans le même temps, le World Economic Herald,  magazine  de Shanghai proche des réformistes, prépare pour son numéro à paraître le 24 avril un dossier consacré à Hu Yaobang, dans lequel un article de Yan Jiaqi doit rendre compte de la manifestation du 18 avril à Pékin et demander une réévaluation du limogeage de Hu. Le parti local tente d'interdire la publication mais quelques numéros paraissent en secret. A Pékin les manifestations grossissent : le deuil est devenu le catalyseur de la colère publique contre le népotisme, la disgrâce injuste, la mort précoce de Hu, le rôle des "vieillards", les dirigeants officiellement à la retraite qui a néanmoins comme Deng Xiaoping tirent les ficelles, des revendications d'intellectuels vers davantage démocratie et demandes ouvrières réclamant une pause dans les réformes et un retour à l'égalité ancienne. La mécanique est en marche conduisant au printemps de Pékin à sa féroce répression.


Etudiante en pleurs devant Zhongnanhai le 19 avril
manifestations spontané d'étudiants le 19 avril devant Zhongnanhai

22 avril, manifestations d'étudiants réclamant d'assister aux funérailles de Hu Yaobang
22 avril, étudiant brandissant une banderole où est écrit "la démocratie baignée dans le sang"

manifestations d'étudiants sur la place Tiananmen en hommage de Hu Yaobang

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