A redécouvrir

la résistance au Japon pendant la seconde guerre mondiale

peinture anti-guerre de l'exilé Taro Yashima
Régime totalitaire dont le contrôle fut peut être encore plus fort que ses jumeaux allemand et italien, le Japon impérialiste et sa sinistre kempetai imposèrent un régime de fer qui réprima sévèrement les opposants. Ainsi dans l'écriture de la seconde guerre mondiale par les occidentaux les passages sur les actes de résistance dans l'empire japonais sont rares au point d'inculquer l'idée qu'il n'y eut pas d'opposition au militarisme. C'est méconnaître la réalité politique du Japon. S'il n'y eut pas d'actions spectaculaires comparables à l'attentat contre Hitler en 1944 en Prusse Orientale ou des groupes comme la Rose Blanche l'action contre les militaires exista et prit des formes étonnantes parfois plus efficaces.

Les ressortissants japonais aux Etats-Unis
Koji Ariyoshi
Ce fut l'une des pires craintes des services secrets américains pendant la guerre. Que la nombreuse communauté japonaise installée sur la côte Ouest abrite des centaines d'agents dormants au service de Tokyo. Cette peur teintée aussi de profond racisme conduisit à l'internement de la communauté japonaise dans des conditions dures. Dans les faits les actions d'espionnage furent rares, le sabotage inexistant. A l'inverse les nisei, ces japonais nés aux Etats-Unis s'engagèrent dans les forces américaines. Dans l'armée de terre et l'armée de l'air, ces soldats servirent en Europe. En revanche 6 000 d'entre eux oeuvrèrent dans les services de renseignement participant au décryptage des communications. C'est à eux comme le major Harold Fudenna que l'on doit le décodage du message annonçant le plan de vol de l'amiral japonais Yamamoto, décodage qui mena à l'opération Vengeance l'attaque de l'avion de l'amiral conduisant à sa mort, une perte catastrophique pour le Japon. On peut citer aussi le rôle de Koji Ariyoshi envoyé comme traducteur en Birmanie et qui participa à la mission dixie en Chine, la rencontre entre les émissaires américains et Mao Zédong.
Les Etats-Unis accueillirent également des artistes, opposants exilés hors du Japon comme Taro Yashima un peintre, Mitsu Yashima et Sigeki Oka un écrivain qui rejoignit le mouvement anarchiste américain avant de servir l'armée britannique.

les exilés en Chine
ancien prisonnier japonais de la ligue d'émancipation
Un second foyer de résistance se développa en Chine, du fait de prisonniers et de militants communistes qui rejoignirent la base de Mao. La première organisation naît en 1939 : c'est la ligue pour élever la conscience politique des troupes japonaises fondée par quelques prisonniers et qui défend un discours anti-guerre. Ce sont  ensuite les cadres du Parti communiste japonais qui menèrent cette résistance comme Sanzo Nosaka fondateur du parti. Leur action fut double. Une intense propagande contre la guerre  et surtout une activité pour rééduquer les soldats japonais capturés par la 8è armée de route, le tout dans le cadre  de la ligue d'émancipation du peuple japonais. Leur action fut remarquée par les émissaires américains en 1945 et permit à Mao de recruter de nombreux soldats japonais et collaborateurs pendant la guerre civile.

Deux autres actions ont été aussi importantes en Chine. Celle de Teru Hasegwa une
Wataru Kaiji
institutrice japonaise qui se maria secrètement avec Liu Ren, un chinois de Mandchourie. Considérée comme traîtresse, elle gagna la résistance en Chine et adhéra à la Ligue anti-guerre du peuple japonais. C'est dans ce cadre qu'elle rencontra une autre figure Wataru Kaiji un écrivain dont la vie est digne d'un roman. Intellectuel il fut arrêté torturé. Libéré il s'enfuit en Chine déguisé en acteur jouant les samouraïs. Il rejoint la résistance auprès de Jiang Jeshi mais ses idées de gauche le rendent suspect. Il incarne une autre voie, celle qui s'engagea comme Kazuo Aoyama avec les nationalistes. La vie de Kaiji ne s'arrête pas là puisqu'il fut enlevé en 1951 par la CIA et causa une sévère brouille entre le Japon et les Etats Unis.

Résistance au Japon
L'implacable répression dans l'archipel emprisonna de nombreux dissidents ou jugés
comme tels. Dès 1925 la loi pour la préservation de la paix conduit à l'arrestation de 70 000 personnes, loi durcie en 1936 par la loi sur la prévention et la surveillance des crimes idéologiques. En 1940 les syndicats sont interdits. Les communistes sont très vite visés. Le futur leader du parti dans les années 1960 Kenji Miyamoto passe 12 ans derrière les barreaux. Les démocrates et anti-guerre sont aussi surveillés. Néanmoins subsiste clandestinement un noyau de démocrates prêt à resurgir au moment de la défaite.

Malgré la surveillance la résistance japonaise prendra trois formes. L'une des plus importantes concernent le réseau d'espionnage Sorge dont Yotoku Miyagi et Hotsumi Oazaki furent les membres les plus célèbres et donc l'action contribua à la victoire russe de Moscou. Tout le réseau fut découvert et ses membres éliminés.
Le mouvement Soka Gakkai pacifiste  s'opposa à la divinité de l'empereur et refusa de  soutenir les entreprises militaires. Ses chefs furent arrêtés en 1943 et la secte périclita.

Sokoji Takagi,
Au sein de l'armée exista aussi un courant d'opposition. Sokoji Takagi, amiral est comparé à l'amiral Canaris. Opposant farouche à la guerre contre les Etats-Unis, conscient de l'inéluctabilité de la défaite il planifia en 1944 l'assassinat de Tojo seule solution pour éviter l'écrasement total du Japon. La démission de Tojo mit fin à son projet. Mais jusqu'en 1945 il travailla en secret à un projet de retrait total des forces japonais du Pacifique pour parvenir à une paix rapide avec les USA. Le cas de Tomoshige Toga, officier de l'armée de terre est plus trouble. Il planifia aussi l'élimination de Tojo dans le cadre du complot impliquant le prince Takamatsu (un authentique opposant à la guerre), le prince Asaka (qui commandait lors du sac de Nanking) le prince Higashikuni (qui autorisa l'usage de gaz en Chine) et le premier ministre Konoe. Le plan visait non seulement à éliminer Tojo mais à destituer Hiro-Hito en le remplaçant par son fils Akihito.  le projet échoua à cause de la démission de Tojo. Toga fut cependant arrêté et reconnu les faits. Il entra dans le cabinet du prince Takamatsu Higashikuni en 1945. Cette action ressemble plus à l'opération Walkyrie, une opération de militaires nationalistes cherchant à préserver l'armée plutôt qu'à dénoncer le système dans son ensemble.

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