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Building on the water : le 1er projet chinois d'Alvaro Siza

La métropole de Hu'an an dans la province du Jiangsu (Est de la Chine) est une ville de taille moyenne pour le pays (5 millions d'habitants). Située dans le Nord de la province du Jiangsu, Huai'an bénéficie d'un réseau de transport moderne, des chemins de fer, les voies navigables et autoroutes. Elle possède un parc industriel de tout premier ordre avec le complexe géant de l'entreprise Jiangsu Shihlien Industrial Chemical Co (une entreprise intégrée au conglomérat taïwanais Taiwan Glass Group produisant 1million de tonnes de carbonate soude et autant de chlorure d'ammonium, composant essentiel dans la production de verre. Activités polluantes, elles ont été concentrées sur un tout nouveau site, le parc industriel de New Salt. C'est sur ce même site qu'en  2009, le président de   Per-Lin Shih lance la création d'un immeuble de bureaux sur le lac artificiel-réservoir de 100.000m² au coeur du site. Projet ambitieux qui selon les mots même du président : "sera une source d'inspiration pour la conception des futurs installations industrielles dans le pays". C'est à l'architecte portugais Alvaro Siza, vainqueur du prix Pritzker en 1992 qu'a été confiée la responsabilité de mener à bien la construction.

Ce bâtiment sur l'eau est une première pour l'architecte qui a dû relever deux défis. S'implanter harmonieusement dans un complexe industriel en utilisant au mieux l'élément eau qui possède ici une double fonction (esthétique par le lac et industriel par son rôle dans la production de verre), relever les défis d'ingénierie propre aux contraintes du lieu. Pour la partie esthétique, le bâtiment qui a été inauguré le 30 août 2014 évoque un dragon au-dessus de ​​l'eauLes contours du bâtiment sinueux semblent se déplacer, glisser, serpenter sur l'eau. La forme échappe aux formes conventionnelles des bureaux et aux structures des usines du complexe. Il traduit l'adaptation du style propre de l'architecte au symbolisme local.  L'ensemble est d'un incroyable légèreté visuelle  grâce aux ponts, aux courbes et aux  nombreuses baies vitrées. S'inspirant des jardins privés du Sud de la Chine, l'architecte dresse une scène poétique où la relation entre le bâtiment et son environnement est harmonieuse. Le lac est partie intégrante de la structure et non simplement un décor. L'interaction entre le béton blanc, le verre et le lac permet à la fois des transitions douces entre l'élément eau et l'élément construit tout en autorisant des variations de la composition tout au long de la journée et de la saison. Contrainte supplémentaire, quelque soit le point de vue adopté, le bâtiment conserve sa  beauté tranquille. Quatre années ont été nécessaires pour mener à bien le projet. Techniquement, sa réalisation a répondu à plusieurs demandes. D'abord en terme de sécurité : les espaces extérieurs devaient permettre aux pompiers de couvrir tout le périmètre du bâtiment, tel que l'impose la loi chinoise, en offrant une circulation verticale et horizontale totalement libre. Grâce aux nombreux ponts, on peut ainsi joindre rapidement les différentes ailes du complexe. Ensuite stabiliser l'ensemble en utilisant les nouvelles technologies et les matériaux les plus solides et légers. Enfin toujours dans un but esthétique, optimiser l'espace construit en installant des jardins-terrasses sur les toits. 

Le résultat est fascinant. Cette perle au coeur d'un complexe industriel  dénote par rapport aux habituels parcs industriels, surtout du Nord de la Chine. Ce projet est le signe à la fois de l'écart entre le Sud et le Nord de la Chine et de la volonté de corriger les dérives du développement accéléré qui fait de la Chine le pays possédant le plus grand nombre de ville polluée tant dans l'air que dans le visuel. 

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