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K 20 l'homme au 20 visages

Le Japon à la mode Marvel ?


K-20, l’Homme aux 20 Visages, de Shimako Sato est l'adaptation façon blockbuster de l'univers de la série de roman policière culte au Japon : les enquêtes d' Akeshi Kogoro, signées Edogawa Rampo,, et publiées des années 1920 aux années 1950. L'histoire remise au goût du jour se situe dans une uchronie  où le Japon n’a jamais participé à la seconde guerre mondiale. Une nouvelle métropole, la ville de Teito,  est hantée par les crimes du mystérieux K-20, maître de l’illusion qui lutte contre la tyrannie des hyper riches. Pour son acte final, le criminel choisit un jeune acrobate d’origine modeste et le fait inculper à sa place. Le jeune Endo doit alors prouver son innocence et stopper K-20 avant qu’il ne mette toute la ville en danger.


Film noir nourri de références à Fritz Lang

C'est un bien étrange objet cinématographique que nous offre Shimako Sato. Méga production elle ne tombe pas dans le risque de faire du sous Hollywood. Il s'agit d'un vrai film nostalgique. Son ambiance rétro, 1949, emprunte à la métropolis de Fritz Lang et à Otomo dans Steamboy.  Architecture, machine volante, utopie à la Nicolas Tesla, nous retournons à un âge des possibles où tout est sujet à émerveillement. Rétro aussi par son héros/méchant K20 : il est à la croisée de The Shadow, V de Vendetta voire le diabolik ou fantômas non seulement par son costume et son masque noirs mais pas sa gestuelle, son phraser à la limite du over the top.


Film hommage aussi  à son romancier : le détective Akeshi est présent mais dans un rôle intéressant et complexe. Film hommage aux comics : le personnage de l'acrobate n'est pas sans rappeler le Batman de Robin, la scène dans l'arsenal est une référence à peine voilée à Fantômas. Sans oublier l'univers social  : une ville où une hiérarchie de privilégiés relègue des hordes de pauvres dans les taudis, véritable bidonville., une ville dont l'architecture, la verticalité sans limite, la place du tableau la tour de Babel de Bruegel, tout ceci est une référence à métropolis version Fritz Lang mais aussi version Tezuka.

Un film qui manque de rythme

Si l'ambiance est là, le rythme en revanche est classique et étrange. On retrouve l'initiation du héros, bien mis à l'image par le parkour, comprenez la suite d'exercice physique lui permettant de courir et de sauter dans toute la ville sans problème, on retrouve les retournements de situation surprenants, le doute amoureux, le complot. Pourtant quelque chose ne colle pas tout à fait. En effet le film oscille entre la fable sociale, le film tout public (pas de violence),  les bons sentiments, la rédemption et la menace tapie dans l'ombre. 


Résultats le rythme est parfois très lent à partir d'une heure, les scènes d'actions manquent de punch et surtout l'intrigue autour de Tesla est sous exploitée. Comme sont sous exploitées voire presque passées sous silence (sauf à la fin) les vraies motivations de K 20. On se retrouve parfois devant un film qui ressemble au vieux fantômas de Jean Marais : des plans machiavéliques mais on ne tremble pas une seconde...D'autant plus que les acteurs en font des caisses, trop parfois, et que l'on se perd dans quelques réflexions psychologiques au détriment de l'intrigue principal ce qui se voit sur un film de 2 heures. Un point à signaler : les effets spéciaux sont pas mal. Il y a un vrai saut qualitatif pour une production japonaise dont le péché mignon consiste à ne pas fignoler le travail visuel.

Alors quel bilan ? par rapport à un film Marvel classique, c'est nettement mieux car nous avons objet de cinéma qui ne se contente d'exploiter une licence. D'ailleurs ce film, par sa fin, a un air de préquel : l'origine de K 20. Le film laisse cependant un goût d'inachevé,  par l'envie d'être tout public et de ne pas exploiter ses deux points forts : l'uchronie, Tesla. Il lui manque  une vraie audace, une vraie indépendance de ton.

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