A redécouvrir

critique de Andalucia, revenge of the goddess (2011) de Hiroshi Nishitani

Les andalucia Papers


Troisième et ultime (pour le moment) chronique des aventures du diplomate. Après un premier film excellent, une série très bonne, les producteurs décident d’achever le cycle. Changement de décor : place à l’Espagne.


La couleur de l'argent 
Alors que le diplomate Kuroda Kosaku est à Paris en mission auprès du Ministre japonais des Finances à l’occasion d'un sommet international du G20, il est appelé en urgence en Andorre car le cadavre d'un ressortissant nippon y a été retrouvé. L'homme décédé, un investisseur dénommé Kawashima, est mort d'une balle dans la tête. Shindo Yuka, une employée de banque qui travaillait soit disant avec lui, se présente comme la personne qui a découvert le corps mais elle semble cacher autre chose.

 Il ne faut pas en dévoiler plus tant le film repose sur cet habile de jeux de piste. Le ton  est donné dès la scène d’introduction. Une magnifique descente de ski sur des pentes noyées dans le brouillard s’achève par le plongeon (volontaire ?) d’un inconnu dont on apprend l’identité : Kawashima. Voyage dans le brouillard voilà comment il aurait pu s’appeler tant il nous perd sur des pistes. Il y a en fait trois histoires qui s’entremêlent. L’affaire Kawashima et de son interprète : magouille financière, escroquerie, vengeance ? Toutes les hypothèses s’entrechoquent. L’affaire bancaire qui nous plonge au cœur de l’opacité financière, des liaisons douteuses avec le crime, le terrorisme et le blanchiment d’argent. L’affaire autour de Shindo Yuka : elle en sait beaucoup, trop même et nombreux sont ceux qui veulent sa mort. 


Une suite qui brouille les pistes
Voyage dans le brouillard aussi au niveau du titre. Comme le précédent long métrage (Amalfi mais qui se passait presque exclusivement à Rome), d’Andalousie il est peu question : pour une seule séquence vers la fin du film mais ô combien importante car elle fait basculer toute l’histoire (un peu comme dans le précédent film où le court passage à Amalfi permettait à Kuroda d’y voir plus clair).   En effet le film se déroule surtout en Andorre (paradis bancaire) et à Barcelone.  Grande qualité du réalisateur que de prendre le contre-pied de l’opus précédent. Qu’est ce qui peut faire moins rêver, sembler plus calme que cette minuscule principauté coincé entre la France et l’Espagne ?  Il nous propose une plongée dans ce micro-Etat aberration politico-économique permettant tous les funestes jeux et compositions financières. 

La surprise est le maître mot de cette « suite ». Résultat s’il conserve le style Kuroda, la narration, le rythme, le réalisateur modifie le côté course poursuite. Ici pas de complot politique, pas de traque à travers la ville, mais un jeu mortel entre des groupes, entre des individus : police, banques. L’histoire tient beaucoup par les concurrences entre personnages.  Entre police/interpol/et Kuroda dont la mission trouble, le caractère mystérieux gêne l’enquêteur japonais d’interpol. Entre le passé et le présent de chaque personnage  surtout de Kuroda et son « double » d’interpol : tous trainent une blessure, un échec passé, qui peut être définitivement soigné par cette enquête.


Il faut ici insister sur la nouveauté de ce film : le personnage féminin joué par la superbe Meisa Kuroki. Son rôle est complexe : fragile, manipulatrice, traquée, charmeuse. Elle offre un vrai rôle de femme forte qui manipule tout son monde y compris Kuroda. Très difficile d’anticiper jusqu’au dénouement final qui elle est et pour qui elle travaille. Le film tourne ainsi dans ce jeu de séduction/affrontement.  

Côté réalisation c’est toujours très propre, léché. Le passage catalan est par exemple somptueux. Comme pour Rome pas de carte postale juste un amour fou pour les paysages, le son, la vie catalane qui est évoquée autour de quelques symboles, quelques clins d’œil. Il y a une classe folle dans tout le film qui réussit le miracle d’être haletant tout en gardant un rythme lent. 

Bilan ANDALUCIA clôt superbement le cycle Kuroda, très original sur son fond et sur sa forme. Alors meilleur que le 1er non car Rome et ses paysages sont indépassables. Mais ce second opus est une suite magistrale qui ne trahit pas l’esprit de la série.

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